Retour vers les traitements de la douleur
UTILISATION DE LA MORPHINE
1-Formes orales
disponibles de Morphine
2-Posologie initiale et adaptation de dose
3-D'autres opioïdes sont-ils utiles ?
Effets secondaires de la morphine orale :
-constipation
-nausées et vomissements
-somnolence
7-Aspects réglementaires de la prescription
de la morphine et des autres opioïdes forts.
| Introduction | La morphine orale est la
pièce maîtresse du traitement de la douleur du cancer. C'est l'intensité de la douleur et non le stade de la maladie qui fait prescrire la morphine : la prescription peut donc être précoce. |
1 . Formes orales disponibles de Morphine.
| Présentations | La morphine orale est
actuellement commercialisée sous deux formes :
1. Forme immédiate : chlorhydrate de morphine en solution, sulfate de morphine comprimé (sévrédol*10 et 20mg)ou gélule(actiskénan*5mg 10mg 20mg) : 2. Les formes L. P. :
( Moscontin* Skénan* Kapanol*)
|
| PRESENTATION | Délai d'action | Durée d'action |
| - ampoules
buvable : à 10 et 20 mg
- ampoules dosées : 10 et 20 mg, pour 1ml iv / sc - préparation magistrale : de chlorhydrate de morphine - comprimé ou gélule de sulfate
immédiat |
15
à 30mn
qques minutes 15 à 30mn 15 à 30mn
|
4
heures
idem idem idem
|
| Remarques : |
Chaque présentation de solution de chlorhydrate de morphine a des inconvénients
|
| Choix du type de forme orale | 1.
Indications de la forme immédiate : (solution, sévrédol*,
actiskénan*)
-urgences, -équilibration rapide de douleurs très intenses, -douleurs instables, -troubles métaboliques (insuffisance rénale, hypercalcémie, hypoprotidémie), -personnes âgées. 2. Indications de la forme LP Remarque : les contraintes liées à la prescription ou à la préparation magistrale de la solution font que le sulfate de morphine LP est souvent utilisé d'emblée.(voir " comment instaurer un traitement morphinique avec inter-doses ") |
2 . Posologie initiale et adaptation de dose
| Posologie habituelle |
La posologie initiale chez l'adulte est habituellement :
|
| Chez un patient mal équilibré par un autre opioïde | 1. Notion
de coefficient de conversion Comme une même dose d'un opioïde peut produire des effets variables d'un patient à l'autre, il est difficile de prévoir précisément quelle sera la dose de morphine correspondante à l'opioïde administré antérieurement. En outre, le passage à la morphine s'effectuant généralement lorsque la douleur n'est pas suffisamment soulagée, l'objectif du prescripteur sera de déterminer une dose de morphine dont l'effet antalgique sera supérieur à celui du traitement précédent. Remarque : Les coefficients de conversion diffèrent d'une publication à l'autre. 2. Les différents coefficients de conversion
: dose équi-antalgique. |
| Nom : Molécule / commercial | Facteur de conversion | Equivalence |
| Dextropropoxyphène (associé à un antalgique non opioïde) Antalvic, Diantalvic, Propofan, DiAlgirex |
1/10 | 100 mg de dextropropoxyphène. = 10 mg de morphine |
| Codéine (associée à un antalgique non opioïde) |
1/10 | 100 mg de codéine
= 10 mg de morphine |
| Morphine | 1 | |
| Dextromoramide | 2 à 3 | 5 mg de dextromoramide
= 10 à 15 mg de morphine |
| Hydromorphone | 7.5 | 4 mg d'hydromorphone = 30 mg de morphine |
| Buprénorphine (Temgésic, Subutex) | 30 | 0,2 mg de buprénorphine
= 6 mg de morphine |
| Méthadone | 2 | 5 mg de méthadone
= 10 mg de morphine |
Tableau : Coefficients de conversion approximatifs des principaux opioïdes par voie orale
Posologie initiale et adaptation de dose
| Exemple de conversion | Pour un patient recevant 8 comprimés par jour de l'association codéine/paracétamol dosée à 30 mg de codéine et 500 mg de paracétamol par comprimé, la dose équiantalgique de morphine est environ de 24 mg (240 x 1/10). Le patient n'étant pas soulagé par le traitement précédent, il faudra lui prescrire environ 40 mg de morphine et du paracétamol, ou plus simplement prescrire 40 mg de morphine. |
| Sujet âgé | Chez les personnes
âgées, les opioïdes sont généralement efficaces
à dose plus faible que chez les sujets jeunes.
La dose initiale est réduite d'environ 50
% par rapport à celle de l'adulte (30 mg/j au lieu de 60 mg/j).
L'adaptation ultérieure des doses se déroule de la même
manière que chez l'adulte, en fonction de l'intensité de
la douleur et des effets secondaires. |
| Evaluation de l'efficacité | En début de traitement une évaluation quotidienne est recommandée. |
| Ajustement de doses |
On rencontre 2 situations
|
| Gestion de la douleur bien contrôlée |
Chez le malade dont la douleur
est bien contrôlée par la forme immédiate, on peut
envisager :
|
3 . D'autres opioïdes sont-ils utiles ?
| Indications | Les opioïdes majeurs autres que la morphine ont des indications très limitées dans le traitement de la douleur du cancer. |
|
La buprénorphine (Temgesic) (De moins en moins utilisé) |
1. Mode d'action
et contre indication La buprénorphine est un agoniste partiel inefficace par voie orale : elle ne doit jamais être associée à la morphine, ni administrée à un patient récemment traité par la morphine car les effets résultants sont imprévisibles (synergie ou antagonisme). 2. Prescription Elle s'administre exclusivement par voie sublinguale (glossettes de 0,2 mg), à la dose de 3 à 12 glossettes par 24 heures, en trois prises. 3. Effet plafond L'effet plafond limite son utilisation en cancérologie : au-delà d'une certaine dose (classiquement 1 mg par prise), l'effet antalgique n'augmente plus. |
| Le
dextromoramid (Palfium) (De moins en moins utilisé) |
1.
Présentation Le dextromoramide se présente sous forme de comprimés à 5 mg. 2. Indication En raison de sa courte durée d'action (2 heures), ce médicament n'est pas recommandé pour le traitement de la douleur chronique. Il peut être utilisé ponctuellement avant des soins douloureux. |
|
La péthidine (Dolosal) (De moins en moins utilisée)
|
1. Présentation
La péthidine n'est pas disponible sous forme orale. 2. Inconvénients Sa durée d'action est de 3 à 4 heures. Son utilisation au long cours peut conduire à l'accumulation d'un métabolite toxique, la norpéthidine, qui a des propriétés convulsivantes ; les injections sous-cutanées ou intramusculaires répétées peuvent entraîner une induration tissulaire aux points d'injection. |
EFFETS SECONDAIRES DE LA MORPHINE ORALE
| Conditions de survenue des effets indésirables | Dans les conditions de prescription recommandées,
la morphine n'entraîne ni dépression respiratoire, ni occlusion,
ni sédation prolongée, ni troubles mentaux, ni toxicomanie.
La survenue d'un effet indésirable ou sa réapparition à distance du début du traitement ou d'une modification de dose doivent faire penser à -une complication de la maladie -un surdosage -une insuffisance rénale |
| Liste des effets indésirables |
Le patient doit être informé de la possibilité
de survenue d'effets indésirables
|
| Fréquence | Comme la constipation est un effet indésirable constant, toute prescription de morphine doit être accompagnée d'une prescription de laxatifs. Il en est de même pour la codéine. |
| Traitement préventif | Le traitement préventif associe : -des mesures hygiéno-diététiques -des laxatifs par voie orale -les laxatifs par voie rectale |
| Les mesures hygiéno-diététiques | Les mesures hygiéno-diététiques
comportent : -encouragement au maintien d'une activité physique, -augmentation des apports liquidiens, -apport alimentaire équilibré, -conditions confortables et respect de l'intimité du malade pour aller à la selle |
| Les laxatifs par voie orale. | Il n'y a pas d'étude contrôlée
permettant de définir la meilleure stratégie d'utilisation
des laxatifs dans la constipation induite par la morphine.
Eléments de choix d'un laxatif oral |
| Catégorie | Mécanisme d'action | Dose initiale | Délai d'action | Inconvénients possibles |
| Lubrifiants
: huile de paraffine |
Ramollissent
et lubrifient les selles, facilitant leur passage |
10 ml/j | 1 à 3 j | - Suintement
et irritation périanale. - En cas de prise au long cours, malabsorption des vitamines liposolubles - Augmentation de l'absorption d'autres principes actifs administrés simultanément - Hypokaliémie |
| Tensioactifs
: docusate de sodium Jamylène®, Norgasate® |
* Favorisent la pénétration
de l'eau et des graisses dans la masse fécale, ramollissant et augmentant
leur volume. * accroissement de la sécrétion intestinale d'eau et 'électrolytes |
100 à 300 mg/j |
1 à 3 j | |
| Laxatifs
de lest : ispaghul, Spagulax® Mucivital® Transilane® psyllium, Psyllia® Sterculia Normacol® |
Augmentent le volume des selles et leur hydratation par formation d'un gel colloïdal hydrophile | 3 à 9 g/j |
2 à 4 j | - Aggravation d'une obstruction intestinale (tumeur, bride) - Granulés mal acceptés par certains patients - Nécessité d'une grande quantité de liquide par prise |
| Laxatifs
osmotiques
lactulose, mannitol,
|
Non absorbés par l'intestin, ils augmentent l'osmolarité de son contenu, retenant l'eau dans la lumière de l'intestin. Leur dégradation par la flore colique acidifie le contenu intestinal, ce qui stimulerait également le péristaltisme | 15 ml/ 2 fois/j
|
1 à 2 j | - Ballonnements, selles semi- liquides
|
| Laxatifs
stimulants : anthracéniques (cascara, danthrone, séné) ; bisacodyl ; phénolphtaléine |
Stimulent directement la motricité colique et modifient les échanges hydroélectrolytiques intestinaux | Dépend
du principe actif |
6 à 24 h | Douleurs abdominales, diarrhées Hypokaliémie |
| Laxatif
par action péristaltigène parasympathomimétique : pyridostigmine Mestinon® |
Prolongation et augmentation
des contractions des fibres musculaires lisses (effet muscarinique) (moins utilisé) |
60 mg 2 fois/j |
2 h environ | Crampes abdominales, nausées, vomissements |
| Laxatif par voie rectale | Indication La nécessité d'utiliser les laxatifs par voie rectale résulte généralement d'une insuffisance du traitement laxatif par voie orale. |
| Catégorie | Mécanisme d'action |
| Osmotiques : glycérine (également lubrifiant), mannitol, sorbitol Microlax®, Normacol® |
Ramollissement des selles |
| Stimulant : bisacodyl Dulcolax® | Stimulation du péristaltisme colique |
| Tensioactifs : laurylsulfoacétate de Na, docusate de Na Norgalax® |
Ramollissement des selles |
| Tartrate acide de K et bicarbonate de Na associés | Libération de gaz carbonique dans le
rectum, augmentation de la pression intra-rectale et stimulation du réflexe exonérateur |
| Choix du type de laxatif rectal | Le choix du laxatif rectal dépend du contenu rectal. |
| Le rectum | Choisir |
|
contient |
==> Un laxatif de type
osmotique ou tensioactif En cas d'échec, il peut être nécessaire d'administrer un lavement à l'huile d'olive ou d'arachide, à garder quelques heures, avant de procéder à l'évacuation digitale du rectum. Une augmentation de la dose d'antalgiques peut être justifiée avant cette manuvre |
| contient des selles molles | ==> un laxatif augmentant la pression intrarectale |
| est vide | pas d'indication à un laxatif par voie rectale |
Le choix du laxatif par voie rectale est orienté par le toucher rectal
| Fréquence | Ils sont moins fréquents et surviennent essentiellement en début de traitement, disparaissant en quelques jours. Il n'y a pas d'étude contrôlée permettant de définir la meilleure stratégie d'utilisation des antiémétiques dans les nausées et les vomissements induits par la morphine. En général pas de nausées si traitement progressif. |
| Traitement |
Le traitement est empirique et utilise un neuroleptique :
|
| Conditions de survenue | Elle survient essentiellement lors de la phase d'adaptation
du traitement et disparaît en quelques jours. Sa réapparition ou sa persistance doit faire rechercher une insuffisance rénale, une potentialisation par des traitements associés, en particulier des psychotropes, ou une cause organique. |
7. ASPECTS RÉGLEMENTAIRES
DE LA PRESCRIPTION DE LA MORPHINE ET DES
AUTRES OPIOÏDES FORTS
NB/ P. Basset / 27 02 2001/Un document actualisé
sur les aspects réglementaires sera fourni aux participants.